INTRODUCTION A LA DYNAMIQUE !
4.1 – Forces et dimensions
Objectif : manipuler les notions de grandeurs physiques, unités et dimensions pour mieux comprendre les lois qui relient forces, masses, distances, temps, énergies…
🧠 Rappel : grandeurs, unités, dimensions
- Grandeur physique : ce qu’on mesure (vitesse, masse, force...).
- Unité : “étiquette” choisie (mètre, seconde, kilogramme...).
- Dimension : nature de la grandeur en termes de L (longueur), T (temps), M (masse).
Deux membres d’une même égalité doivent avoir la même dimension. Sinon : la formule est fausse, même si les nombres “semblent” marcher.
Modélisation : quelques grandeurs utiles
Avant de faire des calculs, on vérifie que les dimensions “matchent”. C’est comme un contrôle rapide : est-ce qu’on mélange des mètres avec des kilos correctement ?
- Vitesse : \([v] = L T^{-1}\) (mètre par seconde)
- Accélération : \([a] = L T^{-2}\) (variation de vitesse par seconde)
- Masse : \([m] = M\) (en kg)
- Force : \([F] = M L T^{-2}\) (en N)
- Travail / énergie : \([E] = M L^2 T^{-2}\) (en J)
- Pression : \([p] = M L^{-1} T^{-2}\) (en Pa)
⚠️ Piège classique
Ne pas confondre : unité et dimension. Exemple : 1 N = 1 kg·m·s\(^{-2}\). 👉 Même si “N” est une unité particulière, sa dimension reste \(M L T^{-2}\).
1) La vitesse
La vitesse représente :
La vitesse, c’est “combien de mètres on parcourt en une seconde” (par exemple). 👉 Donc : distance / temps → dimension \([v] = L T^{-1}\).
2) L’accélération
L’accélération, c’est :
L’accélération, c’est “combien la vitesse change chaque seconde”. Exemple : tu passes de 2 m/s à 6 m/s en 2 s → ton accélération est de 2 m/s². 👉 Dimension : variation de vitesse / temps → \([a] = L T^{-2}\).
3) L’énergie cinétique
L’énergie cinétique d’un corps de masse \(m\) et de vitesse \(v\) est : \[ E_c = \frac12 m v^2. \] Quelle est sa dimension ?
\([m] = M\) et \([v] = L T^{-1}\). Donc \([v^2] = L^2 T^{-2}\). On obtient : \[ [E_c] = M \cdot L^2 T^{-2} = M L^2 T^{-2}, \] qui est aussi la dimension du travail d’une force.
La loi de la gravitation de Newton s’écrit : \[ F = G \frac{mm'}{r^2}. \] On note \([F] = M L T^{-2}\), \([m] = [m'] = M\), \([r] = L\).
Question : Déterminer la dimension de \(G\).
Étape 1 – Isoler \(G\)
À partir de \(\displaystyle F = G\frac{mm'}{r^2}\), on isole \(G\) : \[ G = F \frac{r^2}{mm'}. \]
Étape 2 – Remplacer par les dimensions
- \([F] = M L T^{-2}\)
- \([r^2] = L^2\)
- \([m] = [m'] = M\)
On remplace dans l’expression de \(G\) :
\[ [G] = \frac{(M L T^{-2}) \cdot L^2}{M \cdot M}. \]
Étape 3 – Simplifier les puissances
Au numérateur : \(M L T^{-2} \cdot L^2 = M L^3 T^{-2}\). Au dénominateur : \(M \cdot M = M^2\).
Donc : \[ [G] = \frac{M L^3 T^{-2}}{M^2} = M^{-1} L^3 T^{-2}. \]
Conclusion : la constante de gravitation a pour dimension \[ [G] = M^{-1} L^3 T^{-2}. \] 👉 On vérifie ainsi que la formule est “cohérente” du point de vue des dimensions.
On s’intéresse à la force de frottement fluide exercée par un liquide visqueux sur une petite sphère de rayon \(r\) qui se déplace à vitesse \(v\). On sait que cette force dépend de la viscosité dynamique \(\eta\), du rayon \(r\) et de la vitesse \(v\).
Dimensions : \([F] = M L T^{-2}\), \([\eta] = M L^{-1} T^{-1}\), \([r] = L\), \([v] = L T^{-1}\).
Question : proposer une expression possible pour la force visqueuse \(F_v\) en fonction de \(\eta\), \(r\) et \(v\), par analyse dimensionnelle (sans chercher la constante exacte).
Étape 1 – Idée générale
On veut une expression construite avec \(\eta\), \(r\) et \(v\) qui ait la même dimension que \([F]\). On tente d’abord le produit le plus simple : \(\eta r v\).
Étape 2 – Calcul des dimensions de \(\eta r v\)
\[ [\eta r v] = (M L^{-1} T^{-1}) \cdot (L) \cdot (L T^{-1}). \]
On additionne les exposants pour chaque lettre :
- Pour \(M\) : \(M^1\)
- Pour \(L\) : \(-1 + 1 + 1 = 1\) → \(L^1\)
- Pour \(T\) : \(-1 - 1 = -2\) → \(T^{-2}\)
Donc : \[ [\eta r v] = M L T^{-2}. \]
C’est exactement la dimension d’une force.
Conclusion : par analyse dimensionnelle, une forme possible est : \[ F_v = k\,\eta r v, \] où \(k\) est un nombre sans dimension (pour la vraie loi de Stokes, \(k = 6\pi\)).
✔ En biomécanique, ce type de modèle sert par exemple à estimer les frottements de l’eau sur un membre qui se déplace (natation, kayak, etc.).
On considère un pendule simple de longueur \(L\), soumis à la gravité \(g\). On suppose que sa période \(T\) (durée d’une oscillation) ne dépend que de \(L\) et \(g\).
Question : par analyse dimensionnelle, retrouver la forme de \(T\) (à une constante numérique près).
Données : \([T] = T\), \([L] = L\), \([g] = L T^{-2}\).
Étape 1 – Forme générale
On suppose : \[ T \propto L^a g^b. \] En dimensions : \[ [T] = [L]^a [g]^b = L^a (L T^{-2})^b = L^{a+b} T^{-2b}. \]
Étape 2 – Identification des exposants
On doit avoir : \[ L^{a+b} T^{-2b} = T^1 = L^0 T^1. \]
- Pour \(L\) : \(a + b = 0\) → \(a = -b\).
- Pour \(T\) : \(-2b = 1\) → \(b = -\frac12\).
Donc \(a = -b = \frac12\).
Étape 3 – Forme de la période
On obtient : \[ T \propto L^{1/2} g^{-1/2} = \sqrt{\frac{L}{g}}. \]
La vraie formule (plus précise) est : \[ T = 2\pi \sqrt{\frac{L}{g}}. \] 👉 L’analyse dimensionnelle ne donne pas la constante \(2\pi\), mais elle retrouve bien la dépendance en \(L\) et \(g\).
4.2 – Introduction à la dynamique
Objectif : relier forces, mouvement et accélérations à travers des situations concrètes (plan incliné, gestes sportifs…).
🧠 Rappel : 2e loi de Newton
Si on note \(\sum \vec F\) la somme des forces extérieures appliquées à un solide de masse \(m\), la deuxième loi de Newton s’écrit : \[ \sum \vec F = m \vec a. \]
- La direction de \(\vec a\) est celle de la résultante des forces.
- Si \(\sum \vec F = \vec 0\), alors \(\vec a = \vec 0\) : mouvement rectiligne uniforme ou repos.
Modélisation : bloc sur un plan incliné
Le bloc (point bleu) est posé sur un plan incliné d’angle \(\alpha\). On représente : le poids \(\vec P\), la réaction du plan \(\vec R\), et éventuellement une force de frottement \(\vec F_f\). En jouant avec les curseurs, observe comment les forces changent.
1) Direction du poids
En regardant la modélisation, le vecteur poids \(\vec P\) est :
Le poids, c’est l’attraction gravitationnelle de la Terre, donc il est toujours vertical vers le bas, peu importe la pente. 👉 Le plan peut être incliné, mais la gravité, elle, ne “pivote” pas.
2) Direction de la réaction du plan
La réaction \(\vec R\) du plan sur le bloc est :
La réaction normale est perpendiculaire au plan. Elle s’ajuste pour empêcher le bloc de “s’enfoncer” dans le support.
3) Sens de la force de frottement (si le bloc glisse)
Si le bloc glisse vers le bas du plan, le frottement \(\vec F_f\) est dirigé :
Le frottement solide s’oppose toujours au mouvement relatif. Si le bloc descend, \(\vec F_f\) est donc dirigée vers le haut de la pente.
On considère un bloc de masse \(m\) posé sur un plan incliné d’angle \(\alpha\), sans frottement. Le poids est \(\vec P = m\vec g\) (vertical vers le bas).
Question : exprimer les composantes de \(\vec P\) :
- \(P_\parallel\) : composante parallèle au plan (le long de la pente)
- \(P_\perp\) : composante perpendiculaire au plan
Étape 1 – Valeur du poids
Le module du poids est \(P = mg\).
Étape 2 – Choix des axes
On prend :
- un axe parallèle au plan (vers le bas de la pente),
- un axe perpendiculaire au plan (vers l’extérieur du plan).
Étape 3 – Projection du poids
Par trigonométrie, on trouve : \[ P_\parallel = mg\sin\alpha, \] \[ P_\perp = mg\cos\alpha. \]
Interprétation :
- \(P_\parallel\) “tire” le bloc vers le bas de la pente (tendance au glissement).
- \(P_\perp\) est compensée par la réaction du plan → pas de mouvement perpendiculaire au plan.
Un bloc de masse \(m = 70\ \text{kg}\) est posé sur un plan d’angle \(\alpha = 25^\circ\), sans frottement. On prendra \(g = 9{,}81\ \text{m/s}^2\).
Questions :
- Calculer \(P_\parallel = mg\sin\alpha\).
- Calculer \(P_\perp = mg\cos\alpha\).
- En déduire la valeur de la réaction normale \(R\).
Étape 1 – Poids total
\[ P = mg = 70 \times 9.81 \approx 686.7\ \text{N}. \]
Étape 2 – Composante parallèle
\[ P_\parallel = P\sin\alpha = 686.7 \sin 25^\circ. \]
\(\sin 25^\circ \approx 0.423\) donc : \[ P_\parallel \approx 686.7 \times 0.423 \approx 290\ \text{N}. \] 👉 C’est la force qui “fait glisser” le bloc.
Étape 3 – Composante perpendiculaire
\[ P_\perp = P\cos\alpha = 686.7 \cos 25^\circ. \]
\(\cos 25^\circ \approx 0.906\) donc : \[ P_\perp \approx 686.7 \times 0.906 \approx 622\ \text{N}. \] 👉 C’est la force avec laquelle le bloc “appuie” sur le plan.
Étape 4 – Réaction normale
Sans frottement et sans mouvement perpendiculaire au plan : \[ R = P_\perp \approx 622\ \text{N}. \]
✔ Le bloc appuie sur le plan avec ~622 N, et une force d’environ 290 N le tire vers le bas de la pente.
On reprend le bloc de masse \(m\) sur un plan incliné d’angle \(\alpha\), mais cette fois il y a un frottement solide avec coefficient \(\mu\).
- La force de frottement maximale vaut \(F_{f,\max} = \mu R\).
- On admet que le bloc commence à glisser si la composante parallèle du poids dépasse cette valeur.
Questions :
- Écrire la condition de mise en mouvement en comparant \(P_\parallel\) et \(\mu R\).
- En déduire une condition sur l’angle \(\alpha\) : \(\tan\alpha \gtrless \ ?\)
Étape 1 – Condition de mise en mouvement
Le bloc commence à glisser si la composante parallèle du poids dépasse le frottement maximal : \[ P_\parallel > F_{f,\max}. \] Or : \[ P_\parallel = mg\sin\alpha,\quad R = mg\cos\alpha,\quad F_{f,\max} = \mu R = \mu mg\cos\alpha. \] Donc : \[ mg\sin\alpha > \mu mg\cos\alpha. \]
Étape 2 – Simplification et condition sur \(\alpha\)
On peut simplifier par \(mg > 0\) : \[ \sin\alpha > \mu \cos\alpha. \] En divisant par \(\cos\alpha > 0\) (pour un angle entre 0° et 90°) : \[ \tan\alpha > \mu. \]
Conclusion :
Le bloc commence à glisser si \[ \tan\alpha > \mu. \] 👉 Plus le plan est incliné (α grand), plus la probabilité de glissement augmente. 👉 Plus le frottement est fort (μ grand), plus il résiste au glissement.
Un sprinteur est placé sur des starting-blocks inclinés d’un angle \(\alpha = 30^\circ\). On modélise sa jambe arrière par une masse effective \(m = 40\ \text{kg}\) appliquée sur la pédale.
Pendant la poussée :
- la jambe exerce une force \(\vec F\) perpendiculaire au plan du block ;
- le block exerce sur la jambe une réaction \(\vec R\) de même direction mais de sens opposé ;
- on néglige les frottements.
1) Composantes de la réaction \(\vec R\)
On se place dans un repère \((x,y)\) : x horizontal (vers l’avant), y vertical (vers le haut).
Question : exprimer les composantes \(R_x\) et \(R_y\) de la réaction \(\vec R\) en fonction de \(R\) et de l’angle \(\alpha\).
Étape 1 – Orientation de \(\vec R\)
Le starting-block est incliné d’un angle \(\alpha\) par rapport à l’horizontale. La réaction \(\vec R\) est perpendiculaire au plan, donc elle fait un angle \(\alpha\) avec la verticale.
Étape 2 – Projection sur les axes (x horizontal, y vertical)
On obtient le “triangle” suivant pour les composantes de \(\vec R\) : \[ R_x = R \sin\alpha,\qquad R_y = R \cos\alpha. \]
Interprétation biomécanique :
- \(R_x\) : composante horizontale → propulsion vers l’avant.
- \(R_y\) : composante verticale → lutte contre le poids, stabilisation.
2) Estimation d’une force réaliste
On suppose que la composante verticale de la réaction doit au moins compenser le poids de la partie du corps modélisée : \[ R_y \approx mg. \]
Questions :
- Estimer le module \(R\).
- En déduire la composante horizontale \(R_x\) (force de propulsion).
Étape 1 – Poids de la masse modélisée
\[ mg = 40 \times 9.81 \approx 392\ \text{N}. \]
Étape 2 – Lien entre \(R_y\) et \(R\)
On suppose \(R_y \approx mg\), et on sait : \[ R_y = R\cos\alpha. \] Donc : \[ R = \frac{mg}{\cos\alpha}. \]
Avec \(\alpha = 30^\circ\), \(\cos 30^\circ \approx 0.866\) :
\[ R \approx \frac{392}{0.866} \approx 453\ \text{N}. \] 👉 La réaction sur la jambe est d’environ 450 N.
Étape 3 – Composante horizontale de propulsion
\(\sin 30^\circ = 0.5\), donc : \[ R_x = R\sin\alpha \approx 453 \times 0.5 \approx 226\ \text{N}. \]
Bilan biomécanique :
- La jambe pousse avec ~450 N sur le block.
- Environ 220 N servent directement à la propulsion horizontale.
👉 Orienter la force “dans la bonne direction” est crucial pour transformer l’effort musculaire en vitesse de départ.
3) Défi : estimation de l’accélération horizontale
On suppose maintenant que la masse totale du sprinteur vaut \(M = 75\ \text{kg}\), et que la force horizontale résultante au départ est approximativement \(R_x\).
Question : en modélisant le sprinteur comme un point matériel de masse \(M\), estimer la valeur de son accélération horizontale \(a_x\) au départ.
Étape 1 – 2e loi de Newton sur l’axe horizontal
Sur l’axe horizontal, la principale force de propulsion vers l’avant est \(R_x\). On néglige les autres forces horizontales : \[ \sum F_x \approx R_x = M a_x. \]
Étape 2 – Calcul de l’accélération
Avec \(R_x \approx 226\ \text{N}\) et \(M = 75\ \text{kg}\) : \[ a_x \approx \frac{R_x}{M} \approx \frac{226}{75} \approx 3.0\ \text{m/s}^2. \]
Interprétation sportive :
- Une accélération de l’ordre de 3 m/s² est déjà significative.
- Des sprinteurs de haut niveau peuvent atteindre des valeurs encore plus grandes grâce à une coordination optimale et à une force musculaire importante.
✅ À retenir
- Les dimensions permettent de vérifier la cohérence des formules.
- La résultante des forces détermine l’accélération (\(\sum \vec F = m\vec a\)).
- Sur un plan incliné, la gravité se décompose toujours en \(mg\sin\alpha\) (le long du plan) et \(mg\cos\alpha\) (perpendiculaire).
- En biomécanique, l’orientation d’une force est aussi importante que sa valeur pour transformer l’effort en performance.